Homme récolte agave pour mezcal traditionnel dans paysage mexicain

Damien

Raicilla mexicain : définition et caractéristiques

L’article en bref

L’article en bref : La raicilla mexicaine est un spiritueux d’agave produit à Jalisco depuis plus de 400 ans, récemment protégé en appellation d’origine.

  • Origines uniques : Spiritueux 100 % agave documenté depuis le 16e siècle, fabriqué dans 16 municipalités de Jalisco et 1 du Nayarit
  • Deux profils distincts : La sierra offre des notes florales et herbacées, la côte penche vers le fruité et le fumé
  • Fabrication artisanale : Cuisson en fours de maçonnerie, distillation en alambics cuivre ou filipinos argile, fermentation naturelle
  • Reconnaissance culturelle : Inscrite au patrimoine UNESCO, plus de 1 200 producteurs vivent de cette production

J’ai découvert la raicilla mexicaine lors d’un voyage à Jalisco, il y a quelques années. En rentrant, j’ai tout de suite voulu la mettre en avant dans mon bar à Besançon, parce que franchement, ce spiritueux méritait vraiment d’être connu. Moins célèbre que la tequila, souvent confondu avec le mezcal, le raicilla mexicain est pourtant une boisson à part entière, avec sa propre histoire, ses propres codes et un caractère bien trempé.

Qu’est-ce qu’un raicilla mexicain : définition et origines

Si on devait résumer simplement, la raicilla est un spiritueux 100 % agave, produit dans l’État de Jalisco au Mexique, documenté depuis le 16e siècle et fabriqué de manière ininterrompue depuis plus de 400 ans. Son nom vient d’un détail presque poétique : il désigne la petite racine que l’on extrayait des plants d’agave à l’époque de la conquête espagnole.

Historiquement, les producteurs avaient une bonne raison de l’appeler « raicilla » plutôt que vino mezcal : échapper aux taxes imposées par la Couronne espagnole, puis par le gouvernement mexicain. Astucieux, non ? Ce détournement fiscal a, paradoxalement, préservé des techniques de fabrication uniques que les distilleries industrielles n’ont jamais eu à standardiser.

Sa zone de production est strictement délimitée depuis le 28 juin 2019, date à laquelle Juan Lozano, directeur général de l’IMPI (Instituto Mexicano de la Propiedad Industrial), a remis officiellement la déclaration d’appellation d’origine au gouverneur de Jalisco, Enrique Alfaro Ramírez. L’appellation couvre 16 municipalités de Jalisco et 1 du Nayarit, réparties entre 8 communes de la sierra et 8 communes de la côte. Des noms comme Mascota, Cabo Corrientes, San Sebastián del Oeste, Puerto Vallarta ou encore Tomatlán font partie de ces zones protégées.

Les variétés d’agave utilisées

Toute la singularité du raicilla tient à ses matières premières. Selon la zone géographique, les espèces d’agave diffèrent radicalement. En montagne (la sierra), on travaille principalement avec l’Agave maximiliana, l’Agave inaequidens et l’Agave valenciana. Sur le littoral (la costa), ce sont l’Agave angustifolia et l’Agave rhodacantha qui dominent.

Ces agaves poussent sans irrigation ni pesticide, à environ 1 500 mètres d’altitude, sur des sols granitiques et volcaniques. Certaines variétés sauvages mettent plus de 20 ans à atteindre leur maturité. Vingt ans pour récolter un agave, ça relativise pas mal la patience qu’on peut trouver dans mon bar quand l’attente dure cinq minutes un vendredi soir !

Un ancrage culturel profond

La raicilla est indissociable des peuples qui peuplaient ces régions avant et pendant la colonisation espagnole : les cocas, tecos, huichols (wixárika) et tepehuanes. Les missionnaires et mineurs espagnols ont introduit les alambics en cuivre dans des zones qui avaient déjà une longue tradition fermentaire de l’agave. Cette fusion de techniques a donné naissance à un savoir-faire unique, transmis de génération en génération dans des distilleries familiales appelées vinatas ou tabernas. La production de raicilla fait aujourd’hui vivre plus de 1 200 producteurs, selon le Conseil mexicain de promotion de la raicilla.

Fabrication et profil aromatique : ce qui rend la raicilla rare

Passons au concret. La raicilla est régie par la norme NOM-243-SCFI et se décline en trois catégories distinctes.

Type Cuisson Distillation
Raicilla Autoclave Alambic standard
Raicilla artisanale Four en brique ou pierre Pot still à feu nu (cuivre)
Raicilla ancestrale Four en brique ou pierre Pot still uniquement argile ou bois

Le processus de fabrication, pour les versions artisanales et ancestrales, commence par la jima : la récolte manuelle des piñas (le cœur de l’agave), pesant chacune entre 30 et 60 kg. Ces piñas cuisent ensuite dans des fours en maçonnerie pendant 36 à 72 heures. Ensuite vient le broyage, souvent à la tahona (une roue en pierre tirée par un cheval ou un âne), puis la fermentation naturelle avec des levures sauvages pendant 5 à 10 jours. La double distillation se fait dans des alambics en cuivre ou des filipinos en argile.

Sierra ou côte : deux profils bien distincts

La raicilla de la sierra offre un profil floral, herbacé et suave, avec une belle complexité. Celle de la costa penche davantage vers le fruité et le fumé, avec des notes marines, minérales et une finale citronnée vraiment agréable. Des chercheurs du CUCBA-UdeG et du CIATEJ ont analysé ses composés : esters fruités, alcools supérieurs, terpènes floraux et de faibles niveaux de furfural. Un profil clairement plus rustique et complexe que la tequila.

Comment la déguster ?

Titrant entre 38 et 50 % d’alcool (souvent autour de 40° à 55°), la raicilla se boit idéalement pure, à température ambiante, dans un verre à mezcal ou un petit verre tulipe. Sans sucre ajouté, sans colorant, sans adoucissant. Elle peut aussi se boire en cocktail : un Ranch Water revisité avec eau pétillante, jus de pamplemousse vert et sel fumé, par exemple. Un cocktail que j’ai personnellement testé au comptoir et qui a beaucoup plu.

Elle existe en version blanco (non vieillie), reposado (élevée entre 2 mois et un an en fûts de chêne) ou añejo (plus d’un an de vieillissement). Contrairement à certaines tequilas bas de gamme, elle provoque moins de gueule de bois car elle ne contient pas de congénères toxiques ni de sucres résiduels. Ça, mes clients de fin de soirée apprécient particulièrement.

La raicilla dans son contexte culturel et festif

La raicilla fait partie du dossier de la Cuisine habituelle mexicaine inscrite par l’UNESCO au Patrimoine culturel immatériel en 2010. Ce n’est pas anodin. Ça place la raicilla dans la même catégorie que des savoir-faire culinaires reconnus mondialement.

Des événements lui sont entièrement dédiés chaque année :

  • Le Festival de la Raicilla à Mascota
  • La Rencontre internationale de la Raicilla à Puerto Vallarta
  • La Feria de la Sierra à San Sebastián del Oeste

En 2014, la production atteignait déjà 50 millions de litres pour près de 70 producteurs traditionnels. Depuis l’obtention de l’appellation d’origine, plus de 80 producteurs bénéficient d’une protection officielle. Le marché s’est également internationalisé ces dernières années, avec des bars spécialisés à New York, Londres et Tokyo qui ont adopté ce spiritueux.

Ce que j’espère, c’est qu’un jour prochain, dans mon bar de Besançon, la raicilla aura la même évidence que le mezcal ou la tequila pour les amateurs de spiritueux curieux. Parce que cette boisson mérite vraiment votre attention, et pas juste pour son côté exotique.

Sources : wiki Besançon | site officiel de la ville de Besançon

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