L’article en bref
La Porte Noire de Besançon, arc gallo-romain du IIe siècle, demeure un monument chargé d’histoire.
- Un arc de triomphe construit sous Marc Aurèle entre 177 et 180, à l’entrée sud de l’ancienne Vesontio
- Honore les victoires germaniques et parthes de l’empereur, commémorées par des reliefs sculptés
- Haute de 16,56 mètres, construite en pierre calcaire de Vergenne, elle présente une décoration exceptionnelle
- Restaurée en 2009-2011, elle a retrouvé sa couleur d’origine et fascine toujours les Bisontins
Imaginez passer chaque jour devant un arc de triomphe vieux de près de 1 800 ans. C’est exactement ce que vivent les Bisontins qui longent la rue de la Convention. La Porte Noire de Besançon, ce monument gallo-romain de 16,56 mètres de haut, trône là depuis le IIe siècle, silencieux et chargé d’histoires. Moi, depuis mon bar, je la vois tous les matins. Et croyez-moi, elle a des choses à raconter.
Qu’est-ce que la porte Noire de Besançon : définition et origine historique
Un arc de triomphe à la croisée de l’ancienne Vesontio
La Porte Noire est un arc de triomphe gallo-romain, construit sous le règne de l’empereur Marc Aurèle, entre 177 et 180 après J.-C. (une datation révisée par rapport à la première hypothèse qui plaçait sa construction entre 171 et 175). Besançon s’appelait alors Vesontio, oppidum gaulois mentionné par César dans la Guerre des Gaules, devenue capitale de la Séquanie à l’époque romaine. Les Romains l’avaient bien embelli.
Ce monument ne servait pas aux cérémonies de triomphe classiques. À Vesontio, il marquait la soumission et la reconnaissance de la cité à l’égard de l’empereur. Concrètement, il se trouvait à l’extrémité sud du cardo maximus, là où la voie venant d’Italie via Pontarlier pénétrait dans la ville, juste au pied du Mons Cælius (futur mont Saint-Étienne). Pas une porte de ville à proprement parler, mais un arc honorifique monumental.
Le financement ? Probablement assuré par la cité des Séquanes, par le Sénat de Rome, ou les deux ensemble. C’est courant pour les arcs érigés hors de Rome en l’honneur des empereurs.
Commémorer les victoires de Marc Aurèle
L’arc honore Marc Aurèle (161-180) et son fils Commode, associé au pouvoir comme Auguste en 177. Il commémore le triomphe germanique célébré à Rome le 23 décembre 176, après les guerres marcomanniques (vers 166-180). Marc Aurèle avait mené des campagnes victorieuses contre les Marcomans, les Quades et les Sarmates entre 172 et 175. À ces victoires s’ajoutent celles de Lucius Aurelius Verus contre les Parthes en 165-166.
Les reliefs sculptés à l’intérieur du passage racontent tout ça. La pile ouest évoque la prise de Ctésiphon, capitale parthe. La pile est représente les combats contre les peuples germaniques. Un relief montre Victoria couronnant Tutela, la Tychè de Besançon, symbolisant la protection de la ville par les victoires impériales. C’est du storytelling romain, et franchement, ça envoie.
Pourquoi ce nom de « Porte Noire » ?
Dans l’Antiquité, on l’appelait Porte de Mars. Le surnom « Noire » apparaît seulement à partir du XIe siècle. La faute aux incendies répétés et aux siècles d’usure, qui ont foncé et patiné la pierre. Un érudit du XVIIe siècle, Jean-Jacques Chifflet, avait même théorisé que la porte aurait pu être dorée, s’appuyant sur un écrit de 821 qui désignait Besançon sous le nom de Chrysopolis, « la cité d’or ». Aujourd’hui, aucune trace de peinture visible. Mais après la campagne de restauration de 2009-2011, la porte a retrouvé sa couleur d’origine, présentée au public lors des Journées du patrimoine des 17 et 18 septembre 2011.
Architecture et décoration : un monument hors normes
Des proportions spectaculaires
Avec ses 16,56 mètres de haut, 2 mètres de profondeur seulement et une hauteur sous baie de plus de 11 mètres, la Porte Noire affiche des proportions très élancées. Le monument est aujourd’hui enterré d’environ 1 mètre par le nivelage progressif du terrain. Construite en pierre de Vergenne, une pierre calcaire tendre extraite en Haute-Saône, elle permettait des sculptures fines… mais résiste très mal au temps et à la pollution.
Voici les principaux éléments architecturaux et décoratifs encore identifiables :
- Colonnes ornées de motifs végétaux et de scènes mythologiques
- Reliefs représentant des combats d’infanterie et de cavalerie romaines
- Figures des Dioscures, Dédale et Icare, Thésée, Ajax
- Jupiter foudroyant les Géants, Minerve terrassant un géant
- Captifs barbares soumis à l’empereur
La partie supérieure, qui servait de socle à une sculpture en bronze représentant l’empereur debout dans un quadrige (char attelé à quatre chevaux), a disparu. Dommage.
Un décor d’une richesse incroyable
On a parlé d’horreur du vide pour décrire la décoration de la Porte Noire. Chaque centimètre carré était recouvert de figures, statues, reliefs. La mythologie grecque y côtoie les scènes historiques romaines dans un foisonnement décoratif unique. Par son style, cet arc se distingue nettement des autres monuments gallo-romains de la même époque.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Hauteur totale | 16,56 m |
| Hauteur sous baie | Plus de 11 m |
| Profondeur | 2 m |
| Matériau | Pierre calcaire de Vergenne (Haute-Saône) |
| Classement | Monuments historiques (liste de 1840) |
Si vous aimez les traditions méconnues de Besançon et ses découvertes insolites, sachez que cet arc cache encore des mystères non résolus : l’identification de certains reliefs reste problématique à cause de leur état de dégradation.
Conservation et restaurations successives
Le monument s’est dégradé pendant des siècles. C’est au premier tiers du XIXe siècle que la municipalité réagit enfin. Pierre Marnotte, architecte de la Ville de Besançon, dirigea les travaux qui s’achevèrent en 1827. Des opérations complémentaires se poursuivirent tout au long du XXe siècle. La grande campagne de 2009 à 2011 fut la plus notable : elle rendit à la pierre sa teinte authentique. La Porte est aujourd’hui encastrée dans le rectorat et dans l’archevêché, alors qu’à l’Antiquité, toutes ses faces étaient dégagées.
Pour la découvrir sans stress, pensez à visiter Besançon sans voiture : le monument est facilement accessible à pied depuis le centre historique, à deux pas de la cathédrale Saint-Jean.

