L’article en bref
Le musée du Temps de Besançon est un trésor culturel installé dans le Palais Granvelle, méconnu des Bisontins malgré son prestige.
- 1 500 montres et des collections horlogères uniques en Europe
- Un Palais Renaissance du XVIe siècle ayant reçu Louis XIV
- Le pendule de Foucault de 13,11 mètres, spectaculaire et scientifique
- Des pièces maîtresses comme la Leroy 01, montre la plus compliquée de 1904
- Événements annuels comme Les 24h du Temps célébrant l’excellence horlogère
Installez-vous une seconde. Je vais vous parler d’un endroit que je considère comme l’un des plus captivants de Besançon, et pourtant bien trop souvent ignoré par les gens du coin. Le musée du Temps de Besançon, c’est 1 500 montres, des mécanismes qui défient l’imagination, et un bâtiment Renaissance qui a reçu Louis XIV en 1683. Autant dire que ça pèse lourd dans la balance. Moi, j’en parle régulièrement à mes clients autour d’un verre, parce que ce musée mérite vraiment qu’on s’y attarde.
Le musée du Temps Besançon : un palais Renaissance au service de l’horlogerie
Le musée du Temps de Besançon est installé dans le Palais Granvelle, construit entre 1532 et 1540 dans un style clairement inspiré de la Renaissance italienne. Ce palais a été érigé pour Nicolas Perrenot de Granvelle, garde des sceaux et premier conseiller de l’empereur Charles Quint. Son fils Antoine, né en 1517, servait lui aussi à la cour. Une famille qui pesait dans l’histoire, clairement.
Le palais a traversé les siècles avec une certaine élégance. Classé monument historique en 1842, racheté par la municipalité en 1864, visité par Eugène Viollet-le-Duc en 1870 qui avait déjà l’intuition d’y loger des musées. En 1712, il était déjà propriété de la ville et accueillait l’Académie de Musique, la salle de la Comédie et l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts. Une vocation culturelle qui ne date pas d’hier.
Après une restauration majeure des toitures entre 1990 et 1997, avec reconstitution de la belle toiture en tuile vernissée et révision de la charpente en chêne, le musée s’y est installé en juin 2002. L’architecte Pascal Prunet, chef des Monuments historiques, a piloté la rénovation. L’équipe de muséographie de Nathalie Giroud et François Haton, choisie suite à un concours en 1997, a créé un intérieur remarquable : vieilles pierres, bois sombres, aciers patinés, parois de verre et équipements multimédia se côtoient dans un mélange vraiment saisissant.
Un pendule de Foucault à couper le souffle
Dans la tour du palais, un pendule de Foucault de 13,11 mètres de haut est suspendu au-dessus d’une table de lecture de 4,50 mètres de diamètre. Sa période est de 7,3 secondes, avec un cycle de 32 heures 36 minutes. Il permet de visualiser concrètement la rotation de la Terre. La table a été mise en scène par la sculptrice Catherine Lévêque et réalisée par Jean-Marc Dumanchin. La conception scientifique, elle, revient à Pierre Magnien et Jean-Jacques Boyer de l’École nationale supérieure de mécanique et des microtechniques de Besançon. Je n’exagère pas en disant que ça laisse bouche bée.
Sous les combles, une maquette vertigineuse
Sous les toits du palais, un plan relief de Besançon au 1/600ème reproduit la citadelle telle qu’elle était en 1722. C’est une reproduction de la maquette de Ladevèze, dont l’original est conservé au musée de l’armée aux Invalides. Un détail d’histoire locale que même beaucoup de Bisontins ignorent.
Le nanomonde : quand la science rejoint l’art
Laboratoires et entreprises présentent aux visiteurs leurs avancées en micro et nanotechnologies : mini-drones, micro-pinces, implants, sondes biomédicales et micro-laboratoires. Un dispositif artistique invite à réfléchir aux enjeux de ces technologies. Des photos agrandissant démesurément certains objets renforcent cette immersion dans l’infiniment petit.
Des collections horlogères uniques en Europe
Besançon et l’horlogerie, c’est une histoire d’amour qui dure depuis plus de deux siècles. En 1793, un décret permet à Laurent Mégevand, négociant suisse en horlogerie venu du Locle, de fonder la Manufacture Française d’Horlogerie à Besançon. Il bénéficiait du soutien du comte Mirabeau, du marquis Nicolas de Condorcet et de Pierre-Joseph Briot, fondateur du Club Jacobin de Besançon. Mégevand fait faillite en 1798, mais l’élan est donné. Une colonie d’environ 700 horlogers suisses s’installe en Franche-Comté.
Vers 1860, la greffe est réussie. L’École d’horlogerie est fondée cette même année. Besançon compte alors quelque 400 ateliers d’horlogerie. L’Observatoire de Besançon, créé en 1882, donnait l’heure juste aux horlogers chaque matin. La ville devient la capitale de la montre française.
Le musée rassemble les fruits de cette histoire industrielle et scientifique unique :
- 1 500 montres, ébauches et boîtes
- Plus d’une centaine d’horloges de parquet, comtoises et pendules
- 2 000 gravures liées à l’horlogerie, du XVIe au XIXe siècle
- Deux horloges atomiques, dont la première horloge atomique française
- La sphère astronomique d’Antide Janvier
La pièce maîtresse reste la Leroy 01, montre la plus compliquée du monde en 1904. Elle réunit 24 complications, un mouvement de 975 pièces en or 18 carats, et a nécessité 7 ans de recherche. Jamais autant de complications n’avaient été réunies dans une seule montre. Bluffant.
L’horloge astronomique de Tarbes, réalisée en bois entre 1939 et 1950 par Jean Delle-Vedove (1907-2011), artiste ébéniste sourd et muet, est une autre pièce remarquable. Une oeuvre à la fois technique et humaine, qui mérite qu’on s’y arrête longuement.
Tarifs et horaires d’accès
Voici ce qu’il faut savoir avant de visiter :
| Période | Jours | Horaires |
|---|---|---|
| Saison haute (1er avril, 31 octobre) | Mardi, vendredi | 10h-12h30 et 14h-18h |
| Saison basse (2 novembre, 31 mars) | Mardi, vendredi | 14h-18h |
| Toute l’année | Samedi, dimanche, jours fériés | 10h-18h sans interruption |
Le billet couplé avec le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie et la Maison Victor Hugo coûte 9 euros en plein tarif, 7 euros pour les Bisontins et 4,50 euros en tarif réduit. Entrée gratuite pour les moins de 18 ans et les étudiants, ainsi que le premier dimanche de chaque mois. Le musée a obtenu la marque Qualité Tourisme en 2024. Si vous venez en train, la SNCF TER Bourgogne-Franche-Comté propose un tarif réduit sur présentation du billet.
Visites guidées et accessibilité
Un audiovidéoguide est disponible sur smartphone ou tablette, en prêt à l’accueil sur dépôt de pièce d’identité. Pour réserver une visite guidée à Besançon, la plateforme en ligne du musée gère aussi les réservations pour les groupes et le jeune public. Le musée est accessible aux personnes en situation de handicap, et les bus 4, 6 et 10 s’arrêtent directement à l’arrêt Granvelle.
Les 24h du Temps et la programmation culturelle à ne pas manquer
Les 24h du Temps, c’est l’événement annuel que j’attends le plus. Les 20 et 21 juin 2026, Besançon célèbre l’excellence horlogère à travers animations, expositions et rencontres. L’édition 2025 des 21 et 22 juin mettait notamment à l’honneur le vintage horloger. C’est festif, accessible, et ça rassemble des passionnés de tous horizons. Le genre de moment où même mes habitués les moins curieux de culture finissent par passer la porte du palais.
La Nuit Européenne des Musées du 23 mai 2026, de 18h à minuit avec animations jusqu’à 21h30, est une autre occasion idéale pour découvrir le musée gratuitement dans une ambiance détendue. Les Journées Européennes du Patrimoine avaient lieu les 20 et 21 septembre 2025. Et pour les amateurs d’ambiance rétro, la nocturne spéciale «Les Années folles» du 14 novembre 2025, de 18h à 22h, rendait hommage à un accrochage dédié à Marcel Prunier.
Le musée accueille aussi régulièrement des accrochages d’étudiants en génie mécanique et productique de l’IUT Besançon-Vesoul-Dole, mettant en avant l’innovation horlogère contemporaine. C’est une façon concrète de montrer que la tradition et l’avenir se parlent encore ici. Pour prolonger votre journée dans le quartier, sachez que les jardins botaniques de Besançon constituent une belle étape complémentaire, à deux pas de là.
Des ateliers sont aussi proposés en fonction des vacances scolaires : fabrication d’un semainier pour les 3-6 ans, marqueterie de paille pour les 7-10 ans, et des ateliers de design pour les plus grands. L’idée, c’est que chacun reparte avec quelque chose dans la tête, pas seulement dans les yeux.


