Forteresse historique entourée de forêts automnales

Damien

Fort Griffon de Besançon : histoire et architecture

L’article en bref

Le Fort Griffon de Besançon, édifié entre 1680 et 1684 selon les plans de Vauban, est un chef-d’œuvre militaire surplombant la vieille ville.

  • Construit initialement en 1595 par l’ingénieur italien Giovanni Griffoni sous domination espagnole
  • Transformé par Vauban après la conquête française, représentant le premier système Vauban avec bastions et cavaliers
  • Reconverti en prison d’État en 1788, puis en école en 1946, aujourd’hui propriété du Département du Doubs
  • Classé monument historique en 1942 et inscrit au Patrimoine mondial UNESCO en 2008 au sein du Réseau des sites majeurs de Vauban
  • Actuellement fermé au public, son avenir dépend d’un projet d’investissement privé estimé à 40 millions d’euros de restauration

Besançon cache bien ses secrets. Perché sur la rive droite du Doubs, dominant les toits de la vieille ville depuis plusieurs siècles, le Fort Griffon est l’un de ces monuments qu’on aperçoit sans forcément savoir ce qu’il renferme. Franchement, même des Bisontins de souche ignorent son histoire. Je le sais, parce que derrière mon comptoir, j’entends souvent des touristes pointer du doigt la colline et demander « c’est quoi ce truc là-haut ? ». Bonne question. Voilà la réponse.

Qu’est-ce que le Fort Griffon de Besançon : origines et architecture militaire

Un bastion né sous domination espagnole

Tout commence en 1595, quand l’ingénieur italien Giovanni Griffoni construit un premier bastion sur cette hauteur stratégique. Besançon appartient alors à l’Espagne. Ce bastion initial donne son nom au fort actuel, par un jeu d’hommage assez courant à l’époque. Ce n’est pas le fort qu’on voit aujourd’hui, mais c’est lui qui pose les bases de tout ce qui suit.

La authentique transformation arrive avec la conquête française. Louis XIV s’empare de la Franche-Comté, et ses ministres Colbert puis Louvois chargent Vauban (de son vrai nom Sébastien Le Preste de Vauban) de fortifier les nouvelles frontières du royaume. À partir de 1677, Vauban confie à l’ingénieur Montille la tâche de raser l’ancienne enceinte Battant pour en bâtir une neuve. Le fort actuel est construit entre 1680 et 1684, selon les plans de Vauban.

La logique militaire de Vauban

Pourquoi cet emplacement précis ? Parce qu’en hauteur et légèrement à l’écart de la ville au XVIIe siècle, le fort permet de surveiller les attaques venant de la campagne. Mais il y a une dimension plus politique, et franchement assez froide dans le calcul : le fort pouvait aussi servir à tirer sur la ville elle-même, si Besançon se rebellait contre le nouveau souverain. Vauban l’a dit clairement : « Lui seul avec une garnison de 200 hommes contiendra mieux le peuple que ne pourraient pas faire 1200 logés dans les casernes ordinaires. » Les écrits datant de 1731 attestent une garnison réelle d’environ 140 hommes.

Séparé de la citadelle par le seul pont Battant, le fort forme une sorte de seconde citadelle. Il contrôle la rive droite et représente la position clé de ce côté du Doubs.

Une architecture typique du système Vauban

L’architecture du Fort Griffon de Besançon reflète fidèlement le premier système de Vauban. Côté campagne, un bastion à orillons surmonté d’un cavalier entièrement en terre. Côté ville, deux bastions à flancs simples avec des meurtrières et des canonnières. Le revêtement extérieur est intégralement en pierre. Des guérites en pierre marquent les angles des bastions.

La disposition intérieure est tout aussi cohérente :

  • Un grand bastion au nord, avec deux étages de tir (infanterie et artillerie)
  • Deux bastions au sud reliés par une courtine, dominant la ville
  • Une cour centrale entourée de casernements, d’une chapelle, d’un puits, d’une citerne et d’un magasin à poudre

Ces casernes constituent un prototype de la caserne à la Vauban : deux corps parallèles pour 200 soldats, plus un bâtiment réservé au gouverneur et aux officiers. Avant cette innovation, les troupes logeaient chez l’habitant. Imaginez l’ambiance…

Du fort militaire au monument UNESCO : une histoire mouvementée

Prison, école et reconversions successives

Le fort n’a pas toujours eu un usage guerrier. Voici comment ses fonctions ont évolué sur trois siècles :

Période Usage principal
1680-1788 Fort militaire
1788-1945 Prison d’État, puis retour militaire
1946 École Normale d’Institutrices (après rachat par le département du Doubs)
1991-2013 IUFM, devenu École supérieure du professorat et de l’éducation
Depuis 2014 Propriété du conseil général du Doubs

En 1788, l’édifice est réaffecté en prison d’État, avec cellules et guillotine. Pas vraiment la reconversion la plus glorieuse pour un chef-d’œuvre militaire. Après la Seconde Guerre mondiale, le Département du Doubs rachète le site en 1946 et y installe une école. L’architecte Tournier remania les lieux en préservant soigneusement les murs de pierre du XVIIe siècle. Une belle attention portée au patrimoine.

Le classement UNESCO de 2008

Le fort a été classé monument historique dès 1942, puis inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO en juillet 2008, au sein du Réseau des sites majeurs de Vauban. Ce réseau regroupe les fortifications les plus représentatives du génie de Vauban à travers toute la France.

L’avenir incertain d’un trésor bisontin

Actuellement fermé au public, le Fort Griffon fait l’objet de discussions sérieuses sur son devenir. Le Département du Doubs envisage une vente à un investisseur privé, tout en posant des conditions claires : l’extérieur doit rester accessible, et les remparts, classés UNESCO, ne peuvent pas basculer entièrement dans le privé. La restauration seule coûterait 40 millions d’euros, sans compter les aménagements intérieurs.

Parmi les projets évoqués : hôtel, appartements privés, ateliers liés aux métiers d’art bisontins, ou encore concentration des services du Département en un seul lieu. Le fort a même été présenté le 19 mai 2025 au sommet Choose France, parmi huit sites historiques français proposés à des investisseurs internationaux. Pas mal pour un fort qu’on oublie souvent au détour d’une balade. Si vous analysez le secteur à pied, d’ailleurs, sachez qu’on peut visiter Besançon sans voiture avec des itinéraires bien pensés pour rejoindre le fort depuis le centre-ville sans galère.

Le site dispose déjà d’un petit parc, de tunnels piétons et d’un point de vue remarquable sur les toits de la vieille ville et de la citadelle. Un cadre comme ça, ça mérite mieux que de rester fermé à clé.


Sources : wiki Besançon, site officiel de la ville de Besançon

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