L’article en bref
Le square Castan de Besançon révèle deux millénaires d’histoire romaine et médiévale en plein cœur urbain.
- Un site archéologique majeur : hémicycle gallo-romain de 54 mètres de diamètre datant des IIe-IIIe siècles, avec huit colonnes corinthiennes restaurées.
- L’aqueduc d’Arcier : masterpiece technique romaine long de 11 km souterrain, construit vers 70 ap. J.-C., fonctionnant par simple déclivité gravitaire.
- Superposition historique : du baptistère paléochrétien du IVe siècle à l’église Saint-Jean détruite à la Révolution, classé monument historique depuis 1886.
- Un jardin archéologique : aménagé dès 1874 par l’architecte Alfred Ducat, conçu à l’anglaise dans une logique esthétique et pédagogique.
- Héritage d’Auguste Castan : l’archéologue et bibliothécaire bisontins (1833-1892) y a lancé les fouilles prémonitoires avant 1870.
Imaginez un coin de verdure, en plein centre de Besançon, où l’on marche littéralement sur deux mille ans d’histoire. Le square Castan, niché rue de la Convention dans le quartier Saint-Jean, c’est exactement ça. Moi, je le connais bien ce petit espace : quand je fais ma pause entre deux services au café, il m’arrive de traverser ce jardin pour rejoindre la Place Victor Hugo. Et franchement, même après des dizaines de passages, je m’y arrête toujours.
Le square Castan de Besançon : ce que cache ce jardin de 1 100 m²
Un site archéologique à ciel ouvert
Sur une superficie modeste d’environ 1 100 m², ce site concentre une densité historique assez bluffante. On y trouve des vestiges gallo-romains datant probablement du IIe ou du IIIe siècle, époque de Vesontio, l’ancienne cité qui deviendra Besançon. Jules César lui-même mentionne cet oppidum séquane dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules dès 58 av. J.-C. Pas n’importe quelle ville, donc.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’hémicycle. Cet ensemble semi-circulaire affiche un diamètre intérieur proche de 54 mètres, ce qui est franchement imposant pour un espace urbain aussi discret. Huit colonnes corinthiennes, remontées à partir de leurs fragments lors des fouilles de 1870, trônent là comme si elles n’avaient jamais bougé. À côté, on repère le bassin de distribution des eaux de l’aqueduc d’Arcier, le fameux castellum divisorium, d’environ 5 mètres de diamètre.
Le square est classé au titre des monuments historiques depuis le 12 juillet 1886 pour ses fragments antiques. Le jardin lui-même est inscrit depuis le 12 avril 1945. C’est l’un des rares endroits en France où l’on peut observer en plein air la superposition des occupations humaines, de l’Antiquité romaine à la Révolution française.
| Élément | Datation / Mesure | Statut |
|---|---|---|
| Hémicycle gallo-romain | IIe ou IIIe siècle, Ø 54 m | Classé MH (1886) |
| Castellum divisorium | vers 70 ap. J.-C., Ø 5 m | Classé MH (1886) |
| Jardin archéologique | Ouvert en 1874 | Inscrit MH (1945) |
| Aqueduc d’Arcier | vers 70-170 ap. J.-C. | Inscrit MH (2021) |
Qui était Auguste Castan ?
Ferréol François Joseph Auguste Castan nait le 20 novembre 1833 à Besançon et meurt dans la même ville le 27 juin 1892. Sorti major de l’École des chartes en 1855 avec une thèse sur l’origine de la commune de Besançon, il devient archéologue et bibliothécaire. L’Académie des inscriptions et belles-lettres le nomme correspondant en 1874, l’Académie royale de Belgique le choisit comme membre associé en 1881. Bref, un profil sérieux.
C’est à la veille de la guerre franco-prussienne de 1870 qu’il lance les fouilles sur ce site. Le square reçoit officiellement son nom en 1898, soit six ans après sa mort. Honnêtement, c’est bien le minimum qu’on pouvait faire pour lui.
L’aqueduc d’Arcier : l’exploit technique oublié
Le castellum divisorium visible au square était le point d’arrivée d’un aqueduc remarquable. Long d’un peu moins de 11 kilomètres de galerie souterraine (maçonnée et voûtée, entre 1,55 et 1,62 m de hauteur sous clé), il reliait les sources d’Arcier, à Vaire, à Vesontio sur une distance totale d’environ 15 kilomètres. Sa déclivité de seulement 0,22 % suffisait à assurer un écoulement gravitaire continu. Pensez-y : pas de pompe, pas d’électricité, juste de la physique bien maîtrisée.
Construit probablement sous Vespasien vers 70 ap. J.-C. (une monnaie trouvée dans la maçonnerie le suggère), il a fonctionné jusqu’au Ve siècle, avant d’être abandonné lors des invasions barbares. L’aqueduc traverse les communes de Vaire, Chalèze, Montfaucon et Besançon. Un arrêté du 22 octobre 2021 complète sa protection au titre des monuments historiques.
Histoire du site : du baptistère paléochrétien au jardin à l’anglaise
Les couches cachées du square
Avant d’être un jardin, cet espace a vécu plusieurs vies. Jusqu’à la Révolution, l’église Saint-Jean-Baptiste s’y dressait, désaffectée à partir de 1789 puis détruite entre 1794 et 1797. À côté se trouvait le premier baptistère de Besançon, fondé au IVe siècle. Les historiens situent sa construction entre le IVe et le VIIe siècle. Le tribun Onnasius attribua à Lin, évêque de Besançon au IIIe siècle, une maison qui fut transformée en baptistère. On utilisait les eaux du bassin d’Arcier tout proche pour pratiquer les baptêmes par immersion. Ce baptistère, dit Saint Lin, prit successivement les noms de capella primitiva, Sainte-Eugène, maison canoniale, puis demeure privée.
Pour visiter les jardins botaniques de Besançon et compléter votre découverte des espaces verts bisontins, sachez que la ville propose des sites très différents les uns des autres.
Un théâtre romain… ou pas ?
Auguste Castan interpréta d’abord l’hémicycle comme les vestiges du théâtre romain de Vesontio. Mais les fouilles de 1985 et 1990, menées sous l’actuel hôtel du Conseil Régional de Franche-Comté, ont remis cette hypothèse en cause : trois murs gallo-romains légèrement convergents, aux dimensions conformes à un mur de scène de théâtre, ont été mis au jour. Le vrai théâtre serait donc légèrement en surplomb, sous les bâtiments actuels.
Les spécialistes pensent aujourd’hui que l’hémicycle formait un podium soutenant la colonnade d’un portique couvert. Sa fonction exacte reste débattue :
- Un nymphée (sanctuaire des eaux), relié à l’aqueduc d’Arcier
- Une esplanade portiquée délimitant une place publique surélevée
Le jardin archéologique : une création du XIXe siècle
Dès juin 1870, la décision d’aménager un jardin autour des découvertes est prise. L’architecte Alfred Ducat conçoit le projet, avec le concours du paysagiste franc-comtois Brice Michel. Le jardin archéologique à l’anglaise ouvre au public en 1874. Sa composition s’inscrit dans la perspective de la Porte Noire, arc de triomphe érigé vers 175 ap. J.-C. sous Marc Aurèle, et obéit à une logique esthétique et pédagogique. Ferronnerie, lampadaires, tracés de circulations : tout forme un ensemble cohérent. Une réhabilitation menée entre 2004 et 2006 l’a restitué dans son état du XIXe siècle.
Si vous prévoyez de découvrir le site, sachez qu’il se situe sur la route de la Citadelle, entre la Place Victor Hugo et la cathédrale Saint-Jean. Pour rejoindre facilement ce secteur sans galère de parking, consultez ce guide pour visiter Besançon sans voiture : franchement utile dans cette ville aux ruelles fréquemment encombrées.
Le square Castan de Besançon mérite vraiment qu’on s’y arrête, pas juste pour cocher une case touristique. C’est un endroit qui parle, qui raconte, et qui rappelle que sous nos pieds, une ville entière sommeille.

