L’article en bref
L’horloge astronomique de la cathédrale Saint-Jean de Besançon est un chef-d’œuvre mécanique du XIXe siècle fascinant et complexe.
- 60 cadrans et 122 indications affichent l’heure, les marées, les phases lunaires, les éclipses et les constellations sur 27 mètres de hauteur.
- Réalisée par Auguste-Lucien Vérité entre 1858 et 1860, elle pèse 2 tonnes avec 30 000 pièces mécaniques interdépendantes.
- Des automates spectaculaires se déclenchent à midi et 15h : scènes de Résurrection avec figurines religieuses en mouvement continu.
- Classée Monument Historique depuis 1991, elle rythme la vie bisontine mais reste actuellement à l’arrêt en attente de restauration complexe.
Savez-vous que 30 000 pièces mécaniques s’agitent dans un même édifice, le tout pesant 2 tonnes et haut comme un immeuble de neuf étages ? Bienvenue dans l’univers attirant de la cathédrale Saint-Jean de Besançon, où le temps n’est pas qu’une affaire de minutes. Ici, on mesure les siècles, les marées et les éclipses. Et croyez-moi, quand j’entends des clients de mon bar me demander ce qu’est exactement cette horloge dont tout le monde parle, je prends toujours le temps — c’est le mot juste — de leur expliquer.
Qu’est-ce qu’une horloge astronomique de Besançon ?
Une horloge, mais pas que
Une horloge astronomique, ce n’est pas simplement un objet qui donne l’heure. C’est un instrument mécanique capable d’afficher des données célestes : positions du Soleil et de la Lune, phases lunaires, constellations du zodiaque, dates des éclipses, solstices, et même l’heure solaire. Le concept existe depuis l’Antiquité — la machine d’Anticythère en Grèce et la Tour des Vents à Athènes en sont les ancêtres directs. Mais c’est au XIVe siècle que le terme « horloge astronomique » s’impose vraiment, grâce aux innovations du mathématicien Richard de Wallingford.
Celle de Besançon, c’est une autre dimension. 60 cadrans, 122 indications toutes interdépendantes, réparties sur 6 niveaux pour une hauteur totale de 27 mètres. Elle affiche l’heure en 20 endroits dans le monde, les marées dans 8 ports, et même la date de Pâques. Un cadran effectue son tour complet en 4 400 ans. Un autre — la Révolution Chaldéenne — ne boucle sa révolution qu’en 2 400 ans. Autant dire que personne ici n’attendra la fin du cycle pour trinquer.
L’homme derrière la machine
C’est Auguste-Lucien Vérité, horloger-mécanicien originaire de Beauvais en Picardie, qui a réalisé ce chef-d’œuvre entre 1858 et 1860, sur commande de l’archevêque Matthieu. Deux ans de travail principal, trois ans de finitions. Le résultat : une mécanique sculptée et dorée à l’or fin, classée Monument Historique depuis 1991.
Avant lui, un certain Constant Flavien Bernadin avait tenté l’aventure entre 1851 et 1857. Son horloge fonctionnait mal, tombait souvent en panne. Abandon rapide. Vérité, lui, a réussi là où son prédécesseur avait échoué. Un peu comme quand on rate une recette la première fois et qu’on la refait le lendemain avec une tout autre maîtrise.
Une mécanique au service de la ville
Installée dans les parties basses du clocher de la cathédrale Saint-Jean de Besançon, l’horloge ne se contente pas d’être un objet de curiosité. Elle pilote les cadrans extérieurs et intérieurs de la cathédrale, fait sonner deux cloches comtoises, et rythme la vie sociale de Besançon. Une série de tiges de fer — la tringlerie — transmet les mouvements aux aiguilles des cinq cadrans extérieurs. Elle sonne les heures. Elle est, littéralement, le pouls de la cathédrale.
Pour étudier le patrimoine architectural de Besançon, cette horloge est un point de départ essentielle. Elle concentre à elle seule cinq siècles d’ambition mécanique et de fierté bisontine.
Les automates et le spectacle du midi
Un théâtre mécanique à 12h01
Parmi les merveilles de cette horloge astronomique, les automates méritent leur propre chapitre. Au sommet de l’horloge, les archanges Gabriel et Michel encadrent un temple où se joue une scène de Résurrection. À midi une minute exactement, le spectacle commence — deux apôtres se retirent, la Charité et l’Espérance se tournent vers la Foi qui leur présente le calice. Le carrousel des apôtres entre en mouvement.
Dix secondes plus tard, le Christ ressuscite, les soldats romains disparaissent, et la Vierge abaisse son sceptre. À 15 heures, le Christ redescend dans son tombeau et la Vierge remonte son sceptre. Ce ballet mécanique, inspiré de la Bible catholique, se répète chaque jour depuis plus de 150 ans. Je me souviens d’un client qui avait raté le midi et qui a attendu jusqu’à 15h dans mon bar pour voir la suite — il n’a pas regretté.
L’architecture interne : 57 cadrans, 6 niveaux
L’horloge se divise en trois grandes parties :
- Le planétaire en bas, avec les données cosmiques
- Les 57 cadrans au centre, affichant calendrier, millésime, saisons, marées et heure mondiale
- Les automates au sommet, avec leurs 15 figurines au troisième niveau et 6 au dernier
Voici un aperçu des informations les plus spectaculaires affichées :
| Information | Détail |
|---|---|
| Heure mondiale | 20 endroits dans le monde |
| Marées | 8 ports du monde |
| Cadran des siècles | Cycle exhaustif en 4 400 ans |
| Révolution Chaldéenne | Cycle en 2 400 ans |
Un chef-d’œuvre en pause forcée
Depuis plusieurs décennies, l’horloge accumule les pannes. En 2021, la DRAC de Bourgogne-Franche-Comté a commandé une étude sur son état de conservation. Résultat : l’horloge est aujourd’hui à l’arrêt, en attente d’une restauration complexe. Le défi ? Remettre en marche des moteurs calculés il y a plus de 150 ans, sans automatisation, en respectant les calculs d’origine. Ce n’est pas qu’une réparation — c’est une reconstitution.
Les événements culturels à ne pas manquer à Besançon incluront sans doute la réouverture de cette horloge, qui s’annonce comme un moment historique pour la ville. À surveiller de très près.


