L’article en bref
La Chartreuse verte et jaune sont deux liqueurs monastiques aux profils distincts.
- Origines différentes : La verte date de 1764, la jaune de 1840. Toutes deux proviennent du Monastère de la Grande Chartreuse en Isère, avec une recette secrète de plus de 130 plantes.
- Alcool et couleurs : La verte titre 55% (chlorophylle naturelle), la jaune 43% (safran naturel). Cette dernière a donné naissance à la couleur « vert chartreuse ».
- Profils aromatiques : La verte est puissante et herbacée (menthe, poivre, anis). La jaune est douce et fleurie (miel, camomille, tilleul).
- Dégustation : La verte s’accorde au chocolat noir et fromages puissants. La jaune préfère les desserts fruités. Toutes deux s’utilisent en cocktails ou digestifs purs.
Dans le film Boulevard de la Mort de Quentin Tarantino, un personnage lâche après un shot : « Chartreuse, le seul alcool si bon qu’ils ont donné son nom à une couleur. » Cette réplique résume assez bien pourquoi cette liqueur passionne autant. Derrière les bouteilles verte et jaune se cache une histoire de moines, de secrets bien gardés et de plantes alpines. Alors, qu’est-ce qu’une chartreuse verte ou jaune exactement ? Voici ce que j’explique régulièrement à mes clients au bar, quand ils pointent du doigt les deux bouteilles en demandant : « C’est quoi la différence ? »
Chartreuse verte et jaune : ce qui les distingue vraiment
Les deux liqueurs sortent du même monastère. Le Monastère de la Grande Chartreuse, niché dans les Alpes près de Grenoble en Isère, produit ces deux versions à partir d’une recette secrète composée de plus de 130 plantes, fleurs, écorces, racines et épices. Seuls quelques frères initiés connaissent les dosages exacts. Personne d’autre. C’est ça, la vraie singularité.
La Chartreuse verte est née en 1764. Elle titre à 55% d’alcool et sa couleur verte presque fluorescente est 100% naturelle — elle vient de la chlorophylle extraite des plantes. C’est d’ailleurs la seule liqueur verte au monde sans colorant artificiel. Cette teinte si particulière a carrément donné naissance à la couleur « vert chartreuse ». Pas mal pour une bouteille de monastère.
La Chartreuse jaune, elle, date de 1840. Plus douce, à 43% d’alcool, elle tire sa couleur du safran naturellement présent dans sa composition. Ces 12 degrés d’écart ne sont pas anodins : la verte est puissante, tranchante, presque sauvage. La jaune est ronde, suave, presque enveloppante.
Des profils aromatiques vraiment opposés
La Chartreuse verte, c’est une claque aromatique. Menthe, poivre, anis, gingembre, gentiane, estragon, sapin, girofle, coriandre… Le tout fondu dans une herbalité intense. Quand j’en sers un verre au bar, les gens plissent les yeux à la première gorgée, puis ils en redemandent. C’est ce genre de liqueur qui marque.
La jaune joue une partition différente : miel, fleurs, mélisse, camomille, tilleul, guimauve. Et surprise, des amateurs expérimentés comme Philippe Beaudet, expert reconnu du club Les Fous de Chartreuse et créateur d’une cuvée avec les moines, ont détecté des arômes de mangue mûre et d’abricot. Franchement, qui aurait misé sur ça ?
Tableau comparatif des deux liqueurs
| Caractéristique | Chartreuse verte | Chartreuse jaune |
|---|---|---|
| Année de création | 1764 | 1840 |
| Degré d’alcool | 55% | 43% |
| Couleur naturelle | Chlorophylle | Safran |
| Profil gustatif | Herbacé, puissant, épicé | Doux, fleuri, miellé |
| Part de production | 70% | 30% |
Une histoire mouvementée, entre manuscrits et exils
Tout commence en 1605, quand le maréchal d’Estrées remet aux moines de la Chartreuse de Vauvert un manuscrit secret. En 1737, Frère Jérôme Maubec reprend l’étude de cette substance au monastère. La Révolution française oblige les moines à copier le précieux document en 1789 pour le préserver. En 1935, un éboulement détruit la distillerie du monastère : la production se déplace à Voiron. Les moines expulsés de France au début du XXe siècle avaient même produit une version à Tarragone, en Espagne.
Comment déguster et associer ces deux liqueurs
La question que j’entends le plus souvent : « Je la bois comment ? » Bonne nouvelle : il n’y a pas qu’une réponse. Chaque liqueur s’adapte à plusieurs occasions, du digestif pur au cocktail élaboré.
Accords et moments de dégustation
La Chartreuse verte s’épanouit avec le chocolat noir, les fromages puissants ou les desserts intenses. La jaune préfère les desserts fruités, les pâtisseries légères et les fromages doux. Pour des idées autour de boissons fermentées et de terroirs authentiques, je vous conseille aussi de jeter un œil à ce guide sur les vins nature biodynamiques du Jura — une approche assez proche dans l’esprit : des produits vivants, des terroirs forts, du vrai caractère.
En cocktail, les possibilités sont larges :
- Last Word et Chartreuse Sour mettent la verte à l’honneur.
- Le Jewel of the Nile combine 5 cL de gin, 3 cL de verte et 3 cL de jaune sur glaçons.
- Le Tip-Top mélange les deux avec du citron et du Schweppes.
Les cocktails officiels des moines
Oui, les moines ont leurs cocktails officiels. La Chartreuse Épiscopale : 1/3 de verte, 2/3 de jaune. La Chartreuse Cardinale : 2/3 de verte, 1/3 de jaune. Ces assemblages sont produits en quantités infimes, uniquement lors d’événements particuliers.
Les cuvées rares à connaître
Pour les amateurs sérieux, deux références s’imposent. Les VEP (Vieillissement Exceptionnellement Prolongé), dont la première cuvée remonte à 1963, développent des arômes d’une complexité remarquable. La cuvée MOF, créée en 2008 pour la jaune en partenariat avec les Meilleurs Ouvriers de France-Sommeliers, reste une pièce de collection. Et si vous cherchez une version encore plus concentrée, l’Élixir Végétal de la Grande Chartreuse — à 69% d’alcool, élaboré dès 1764 — se consomme dilué, quelques gouttes dans une eau chaude avec miel et citron.
Côté tarifs : la verte en 70 cL oscille entre 68,90 € et 74,80 €, la jaune entre 63,00 € et 69,90 €. Face aux contrefaçons qui inondent le marché sans compter-Atlantique, mieux vaut acheter auprès de cavistes sérieux ou de bars qui connaissent vraiment leur stock — comme ici, à Besançon, où je vérifie chaque bouteille avant qu’elle passe le comptoir.
Sources : wiki Besançon — site officiel de la ville de Besançon


