Intérieur de cathédrale gothique avec voûtes, colonnes et vitraux colorés

Damien

Cathédrale Saint-Jean de Besançon : histoire et architecture

L’article en bref

L’article en bref — La cathédrale Saint-Jean de Besançon raconte douze siècles d’histoire architecturale et spirituelle.

  • Une fondation carolingienne : L’archevêque Bernoin consacre la cathédrale en 811, marquant le véritable acte fondateur du bâtiment actuel.
  • Deux siècles de querelles : Saint-Jean et Saint-Étienne se disputent le titre d’église-mère du diocèse jusqu’à leur fusion en 1254.
  • Une architecture plurielle : La cathédrale mélange roman, gothique, Renaissance et baroque, reflétant chaque grande période européenne.
  • Des trésors artistiques majeurs : Carl Van Loo, Jean-François de Troy et Natoire ont peint des toiles exceptionnelles au XVIIIe siècle.
  • L’horloge astronomique : Construite par Auguste-Lucien Vérité (1858-1860), elle fournit 122 indications différentes et reste un chef-d’œuvre mécanique.

Depuis le centre de Besançon, avant même d’apercevoir les tours de la cathédrale, on passe sous la Porte Noire — un arc de triomphe romain érigé en 175 de notre ère, dédié à l’empereur Marc-Aurèle. Juste au-delà, nichée entre les pentes de la citadelle et les bâtiments de l’ancien quartier des chanoines, la cathédrale apparaît. Moi, qui tiens un bar à deux pas de là, je réponds souvent à la question « qu’est-ce que la cathédrale Saint-Jean de Besançon » à des clients curieux, en leur offrant un café et une explication. Autant vous la donner ici, sans la tasse, mais avec tout le reste.

Une cathédrale née de douze siècles d’histoire

Des origines romaines au Moyen Âge

L’histoire commence bien avant le monument qu’on voit aujourd’hui. Dès le IIIe siècle, une église existait déjà à Vesontio — le nom latin de Besançon — probablement dédiée à saint Étienne. Elle accueillait les premiers évêques de la cité. En 811, l’archevêque Bernoin consacre une cathédrale carolingienne, qu’il dédie à saint Jean. C’est l’acte fondateur du bâtiment tel qu’on peut encore en lire la trace dans le plan général de l’édifice actuel.

Au XIe siècle, Hugues de Salins (1031-1066), grand bâtisseur s’il en fut, entreprend une première reconstruction majeure. Rien ne subsiste de cet édifice, mais son influence est indéniable. La vraie rivalité éclate alors entre deux chapitres : Saint-Jean et Saint-Étienne se disputent âprement le titre d’église-mère du diocèse. Un feuilleton qui dure deux siècles !

La querelle des chapitres : deux siècles de conflits

En 1092, le chapitre de Saint-Étienne revendique officiellement le titre. L’archevêque Hugues III refuse. En 1107, son successeur, épuisé par la querelle, démissionne carrément. Le diocèse se retrouve administré par Guy de Bourgogne, archevêque de Vienne. Pascal II confirme le privilège de Saint-Jean en 1112, puis se rétracte en 1116. Guy de Bourgogne devient pape sous le nom de Calixte II et casse la décision en 1121 puis en 1122. La solution définitive arrive enfin en 1253-1254 : le légat Hugues de Saint-Cher impose la fusion des deux chapitres, ratifiée par le pape Innocent IV en 1254.

Entre-temps, en 1148, la cathédrale avait été reconstruite et bénie par le pape Eugène III lui-même, avec ses huit autels. Puis en 1212, un incendie ravage les charpentes. On rebâtit vite, cette fois en voûtes d’ogives gothiques. Chaque catastrophe devient une occasion d’améliorer l’édifice.

Le drame de 1729 et la reconstruction baroque

En 1729, le clocher s’écroule, emportant l’abside et deux travées de la nef. L’architecte Jean-Pierre Galezot reconstruit le clocher et l’abside dans les années 1730. Le financement, plutôt original, vient des bénéfices de l’abbaye de Luxeuil, dans les Vosges, accordés au chapitre par le cardinal de Fleury, premier ministre de Louis XV. Le nouveau clocher reçoit un dôme à l’impériale dessiné par Nicolas Nicole. Lors de la construction de la citadelle par Vauban, l’ancienne rivale Saint-Étienne fut définitivement détruite.

Une architecture qui mélange les époques avec élégance

Trois styles sous un même toit

Ce qui rend la cathédrale Saint-Jean vraiment singulière, c’est qu’elle porte sur elle les traces de chaque vaste période architecturale européenne. Voici les principaux styles qu’on peut y distinguer :

  • Roman (XIIe siècle) : murs des trois nefs, chapiteaux historiés, abside occidentale
  • Gothique (XIIIe siècle) : voûtes d’ogives ajoutées après l’incendie de 1212, coursière intérieure
  • Renaissance (XVIe siècle) : chapelles latérales au sud, dont la chapelle Bonvalot
  • Baroque (XVIIIe siècle) : portail, abside orientale, ornementation intérieure de Germain Boffrand

La cathédrale mesure 76 mètres de longueur et 18 mètres de hauteur sous la voûte de la nef. Elle présente une particularité rarissime : deux absides, l’une à chaque extrémité, avec un chœur principal tourné vers l’ouest au lieu de l’est — une inversion délibérée imposée par la topographie du site.

Les murs romans sont parfaitement lisses, avec des blocs taillés à la bretture pour imiter l’antique paléochrétien. L’architecte du XIIIe siècle, lui, s’est livré à un authentique rhabillage gothique : il a renforcé les piles, réutilisé les chapiteaux romans et créé une coursière courant d’un bout à l’autre de la nef. Un génie du recyclage, franchement.

Trésors artistiques et œuvres majeures

L’intérieur conserve une trentaine de tableaux, commandés au XVIIIe siècle à quelques-uns des meilleurs peintres de l’époque. Carl Van Loo (1705-1765), considéré comme le optimal peintre de son temps, livre en 1750 La Résurrection pour 2250 livres. Jean-François de Troy (1679-1752) envoie deux toiles depuis Rome en 1751, pour 1500 livres chacune. Charles-Joseph Natoire (1700-1777) exhaustive le cycle en 1755-1756.

Parmi les sculptures, signalons la chaire à prêcher de 1459, l’une des plus anciennes de France, le bas-relief de la Cène en marbre sculpté en 1560 par Claude Arnoux dit Lullier, et la piéta de Conrad Meyt datée de 1532, dont le réalisme du visage de la Vierge reste saisissant. Pour chercher le patrimoine architectural de Besançon au-delà de la cathédrale, les richesses ne manquent pas dans cette ville.

L’horloge astronomique — le bijou mécanique de la cathédrale

Construite entre 1858 et 1860 par Auguste-Lucien Vérité, l’horloge astronomique fournit 122 indications différentes : phases de la lune, éclipses solaires, marées, signes zodiacaux… Elle est surmontée d’automates rejouant des scènes bibliques. Un chef-d’œuvre mécanique qui me fait toujours autant d’effet, même après des années passées à côté. Elle se situe au rez-de-chaussée de la tour du clocher et remplace celle de Constant Bernardin.

La cathédrale abrite aussi dix cloches comtoises, dont la plus lourde pèse deux tonnes. Si vous planifiez votre visite et souhaitez l’associer à d’autres moments forts de la ville, consultez le guide des événements culturels essentielles à Besançon.

Le Saint-Suaire et les reliques : une identité spirituelle unique

Le Saint-Suaire de Besançon est apparu entre 1519 et 1523 à l’ancienne église Saint-Étienne. Les historiens s’accordent à dire qu’il s’agit d’une copie partielle du célèbre Suaire de Lirey en Champagne — passé ensuite à Chambéry puis à Turin. Entre 1440 et 1453, le Suaire de Lirey était conservé par Marguerite de Charny à Saint-Hippolyte, en Franche-Comté. Une copie aurait alors été réalisée pour Saint-Étienne.

Cette relique avait un impact social, économique et politique considérable sur Besançon. Les pèlerins affluaient lors des ostensions, remplissant les caisses du chapitre. Son histoire s’interrompt brutalement en 1794, quand les révolutionnaires de la Terreur le détruisent.

La cathédrale conserve également la Vierge des Jacobins, peinte par le Florentin Domenico Cresti dit Le Passignano au XVIIe siècle. Rapportée de Rome en 1632 par l’abbé Claude Menestrier, nommé chanoine par le pape Urbain II, la toile survécut miraculeusement à un naufrage au large de Marseille. Une histoire digne d’un film — et je peux vous assurer qu’elle fait son petit effet quand je la raconte au comptoir.

Sources :

Laisser un commentaire